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le soleil contre les vitrines

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le soleil contre les vitrines

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Tawara Machi en 1986 était lauréate du 32e prix Kadokawa pour sa séquence de 50 tankas, Hachigatsu no asa (matin d’août). L’année suivante ce rensaku  devint la première partie de son célèbre recueil Sarada kinenbi (L’Anniversaire de la salade[1]).

« Rensaku » est le terme qu’utilisait Masaoka Shiki en parlant d’une série de haïkus ou de tankas liés.[2] La forme était populaire auprès des poètes modernes car il leur permettait d’aller au fond d’un sujet. Itō Sachio, disciple de Shiki et directeur de la revue Ashibi de 1903 à 1908 (une revue de tanka à l’époque), encouragea le rensaku et en proposa même des lignes directrices.[3] Le soleil contre les vitrines, suite de tankas[4] de Mike Montreuil et Diane Descôteaux, répond bien à ces critères.

« Lilith » se rend de Kingston à Toronto pour visiter son fils qui ne lui accorde qu’une brève conversation téléphonique. Cependant, elle rencontre un jeune homme, « Adonis », avec qui elle vit une aventure. Ou non. Les poètes pénètrent l’esprit de Lilith pour nous dévoiler ses pensées avec la polysémie qui caractérise les tankas : « ce sourire / invisible pour les autres / entre tes bras / mon Adonis / rêve parfait ». Rêve « rêvé » ou rêve « vécu » ? La séquence n’est pas purement subjective (1er cri­tère de Sachio) : « le peintre connaît / les bruns et les blancs / de la froidure / l’hiver / de nos espoirs ». Le tout se déroule au présent (2e critère : le passé et l’avenir seraient liés au présent). D’importance majeure, la série doit être soigneusement mise en ordre (3e critère). Ainsi, les tankas de cet ouvrage se suivent comme des fins coups de pinceau, des traits de couleur qui s’interpellent. Éléments captés d’un flux de conscience, ils produisent l’effet global d’un tableau impression­niste. Peu à peu, et de façon évolutive et cumulative, les poètes font le portrait de Lilith.

Dans cette histoire se développant du Vendredi saint au lundi de Pâques, les poètes ont brodé leur suite d’un vocabulaire religieux en l’ironisant d’insinuations à caractère sexuel. Marie-Madeleine et la femme de Loth y sont des figurantes. Mais la Sainte Vierge n’est pas ignorée : « je vous salue Marie / pleine de grâces… / enveloppe-moi / de son souffle / de ses yeux bleus ».

Malgré la croyance populaire, la poésie n’est pas un journal intime. Comme celle du couple de L’anniversaire de la salade  de Tawara, la fantaisie du soleil contre les vitrines n’est pas celle des poètes mais une histoire qui pourrait être vraie. Ou pas. Si Mike Montreuil et Diane Descôteaux n’ont pas vécu ce qui nous est raconté, les perceptions de Lilith n’en sont pas moins réelles et reconnaissables. Quant à la poésie dont l’aventure recèle, elle offre tout ce qu’on attend du tanka : « l’entrée de l’hôtel / les fleurs / dans leur vase / et le silence / de leur parfum ».

Maxianne BERGER

[1] Yves Marie Allioux, traducteur, Arles, Éditions P. Picquier, 2008.
[2] Makoto Ueda, Modern Japanese Poets and the Nature of Literature, Stanford, CA, Stanford University Press, 1983. 45.
[3] Donald Keene, Dawn to the West : Japanese Literature in the Modern Era., New York, NY, Columbia University Press, 1984. 56.
[4] une collaboration d’écriture plutôt qu’un échange de tankas.

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