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...le chant du cygne

Nouveauté

20,00 $

...le chant du cygne

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Dans l’univers de Diane Descôteaux,

j’entrevois une femme qui écrit pour ne pas oublier de quoi elle est faite ni à quoi elle est ancrée ;

j’entrevois une femme qui peint des images à partir de chacune des fibres de ses métissages afin qu’elles la ramènent à une odeur, une maison, un pays ;

j’entrevois une femme qui danse avec les vivants et avec les morts aussi pour que ceux-ci ne meurent pas tout à fait.

Portée par les saisons et chacun de ses sens, cette auteure poursuit sa route en ne s’éloignant jamais de ce qui la garde en vie : les nuances du quotidien.

Et, dans une économie de mots, elle nous raconte l’humain à travers les cycles de la nature.

« …le chant du cygne » est de ces tous petits livres qui nous entraînent dans de très grands voyages.

Alain LABONTÉ
auteur

...le chant du cygne

extraits

arrière-saison –
là, de ma triple couvée
trois beaux oisillons

la Saint-Valentin –
dans sa fourrure argentée
mes ongles carmin

érable abattu –
juste après le chant du cygne
dans l’âtre s’est tu

Recensions (2)

Diane Descôteaux « nous raconte l’humain à travers les cycles de la nature », écrit Alain Labonté dans sa préface. C’est en langue abénakise que sont annoncées les saisons. Wikipédia me révèle que « le nom Abénakis vient des termes waban (la lumière) et a’ki (la terre) et que cet ethnonyme signifie ‘’peuple du soleil levant’’ ou « peuple de l’Est », regroupant ainsi tous les Algonquins de l’Est. » Ce peuple, dont il s’agit ici, occupe deux réserves dans le Centre-du-Québec, soit celles de Wôlinak et d’Odanak, et la langue encore en usage parmi certains d’entre eux est enseignée à l’université de Sherbrooke et fait l’objet d’un dictionnaire bilingue français/abénakis. J’aimerais entendre les sonorités de ces titres qui ponctuent chaque partie : MKWISEN8MOZI (Érable rouge), W8BIWAZ8LI (Neige blanche), TBOKWI8MAW8GAN (Pêche de nuit), SKAMONIKIK8N (Champ de maïs). En tout cas, ils pointent avec beaucoup de poésie des éléments emblématiques du moment et de la région.

nuit du vingt et un –
dans ma cour l’érable à sucre
s’est coiffé de brun

poudrerie et vent
remuant les champs de neige
première de l’an

retour de la pêche –
même les draps de satin
sur ma peau sont rêches

à travers les lys
toutes ces croix minuscules –
les champs de maïs

Les haïkus de Diane Descôteaux sont strictement réguliers, de scansion 5/7/5, et portent toujours leur « marque de fabrique » unique : la rime, qui n’est pas du tout habituelle pour ce genre poétique. Ainsi, le parcours de lecture s’en trouve jalonné de repères rythmiques et sonores, souvent accordés aux phénomènes naturels ou aux (pré)occupations des hommes.

Festival des mots –
invitée avec l’automne
au Pays-d’en-Haut

rompus, deux bonshommes
s’en viennent clopin-clopant
des sacs pleins de pommes

un vent fou balaie
les feuilles pourpres et or
en ce jour de paie

Sous la plume de l’autrice, les mots rebondissent, résonnent, acquièrent relief et poids. C’est un plaisir de lire ses tercets à haute voix pour entendre claquer ou rouler les syllabes. La partition est également haute en couleurs et contrastes, à l’instar de la nature en ses multiples métamorphoses, exubérante ou ténue…

à peine arrivé
l’automne est pris par surprise –
rouge au blanc mêlé

l’heure où tout est gris
où la blancheur de la neige
retarde la nuit

Tous les sens sont en éveil, appréciant la texture et la chaleur d’une vareuse de laine, la saveur d’une soupe aux pois cassés, humant dans l’air une odeur de roussi. L’instant est saisi au vol, petite encoche dans le déroulé du temps, apparition subite et réjouissante…

attirée au sol
sa charge de neige glisse –
le pin parasol

deux blondes juments
tirant leur rieuse horde
aux naseaux fumants

Bien que connaissant le Québec, je n’ai jamais vécu là-bas les mois d’hiver, certes non
dépourvus de charme sans doute pour des randonnées en raquette ou autres moments délectables
vécus au sein de la nature. Mais j’imagine aussi la rudesse du climat.

un vent du noroît
effrite le paysage –
que la neige et moi

le vent, fin stratège
d’un invisible balai
soulève la neige

Il se dégage pourtant une impression de symbiose entre l’être humain et les éléments, avec
lesquels il parvient toujours à composer… surtout quand s’annonce la saison nouvelle.

note au calepin :
au goût des bruants des neiges
le sel du chemin

trouvaille sacrée :
tirer d’un arbre et bouillir
sa sève sucrée

Lente transition entre la fin de l’hiver et l’installation des beaux jours. Le paysage se liquéfie quand fond la glace ou lorsqu’il tombe des clous… le français du Québec offre ses surprises : chez nous, il tombe des cordes !

Et puis la vie reprend avec le printemps, scandé par les premiers cris des grenouilles, les premières parties de pêche, le chant du vent dans les drisses. Enfin, arrive l’été avec ses champs de maïs, ses fruits rouges et ses longues routes, mois de désinvolture et de retrouvailles. Pourtant…

nuit des Perséides
pleine du chant des grillons –
mon cœur triste et vide

Alors que la saison estivale connaît sa plénitude, une vague mélancolie peut poindre. Soit que les attentes n’ont pas été comblées, soit que se fasse pressant ce sentiment que l’apogée de l’été contient en lui le goût des choses qui se terminent. Le temps est impossible à retenir, il s’échappe sur fond de vol d’étourneaux, de lune décroissante et de silence.

érable abattu –
juste après son chant du cygne
dans l’âtre s’est tu

Dans …le chant du cygne, Diane Descôteaux montre une belle sensibilité et un talent
indéniable à manier la langue, créant des ambiances singulières et séduisantes.

Danièle DUTEIL
Juin 2021

...le chant du cygne

Ce 17e recueil de Diane Descôteaux se compose de chapitres consacrés aux quatre saisons comme les titres japonais où la priorité est donnée à la nature et ses renouvellements. Il s’agit du vécu au Québec, un pays qui connaît les cycles saisonniers. Cependant … le chant du cygne commence avec l’automne alors que le Japon ouvre ses recueils avec le printemps.

La nouveauté vient d’un coup d’œil identitaire où l’auteure dévoile son ascendance crie. Les titres des chapitres sont empruntés aux Abénakis.

L’automne se dit Érable rouge, MKWISEN8MOZI: une feuille d’érable minuscule est dessinée sur chaque page de la saison des couleurs.

laisser tout derrière
l’hydravionque taïga
sauvage et rivières

L’hiver se dit : Neige blanche, W8BIWAZ8LI : et chaque page reçoit un flocon de neige.

l’heure où tout est gris
où la blancheur de la neige
retarde la nuit

Le printemps se dit : Pêche de nuit, TBOKWI [sic] et un petit poisson saute dans chaque page.

cerisiers en fleurs –
son dos disparaît sous l’encre
rose du tatoueur

Illustré par des épis, l’été se dit : Champ de maïs, SKAMONIKIK8N.

Treize de ces poèmes ont été reconnus par les différentes instances du haïku à travers le monde : Sénégal, Europoésie, Mainichi, etc. et sont mentionnés à la fin du recueil – un recueil à l’image des régions du Québec et de l’Amérique du Nord.

recension par Micheline Beaudry
février 2021


  1.  Le 8 a un son nasal qui se prononce entre le on et le an en français.
  2. TBOKWI8MAW8GAN. Une malheureuse coquille a vu le mot coupé en deux.

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