Brin de paille dans les cheveux

Descôteaux Diane, Brin de paille dans les cheveux, haïku, éditions L’Harmattan, Paris, avant-propos Claude Rodrigue, illustration Hélène Phung, 2019. 90 pages. ISBN : 978-2-343-18709-9 | EAN : 9782343187099. 25 $.

Nous étions habitués à lire des recueils de poésie qui avaient une dimension érotique chez Diane Descôteaux. À travers tous ses voyages, la poétesse nous ouvrait largement des lignes, des pages sensuelles de ses cahiers intimes. Avec son habileté à broder des images chaudes et colorées, elle écrit des saisons où même la glace brûle.

nus sur du coton
à six cent vingt fils au pouce
nos corps à tâtons

Ce dix-huitième ouvrage semble le plus maîtrisé. Il y a dans les tercets de Descôteaux une triple contrainte de langage. Elle écrit avec la brièveté d’une poésie japonaise codée, elle retient également les rimes et le rythme du sonnet qu’elle a pratiqué durant plusieurs années et, enfin, elle impose un thème, l’érotisme, où elle est en quête des mots du désir. Son style devient ainsi unique. La tournure a une légèreté, une fantaisie qui laisse filtrer à la fois, sa grande érudition, sa connaissance de la versification et son réalisme brut.

qui me sauvera
de tout, surtout de moi-même
quand vous êtes là ?

Le sonnet utilise des figures de style qui donnent aux tercets un relent de classicisme. Elle passe du vous au il, du je au tu et au nous en introduisant des dialogues qui jouent avec la distance et l’intimité. Elle introduit ainsi la narration qui nous fait lire le recueil comme un roman. Qu’arrive-t-il à l’amant dans la page suivante ? Que pense l’amante en ce soir sans clair de lune ? Cela fait tourner la page.

Ses haïkus ne sont pas libres. Elle y tient un compte rigoureux des syllabes : 5-7-5. Alors que le haïku moderne se libère de cette règle. Elle peut donc utiliser les exclamations : oh ! ah ! hi hi ! ô, oups, onomatopées très japonaises. On entre ainsi dans le concept de mono no aware. La beauté et la tristesse de la nature, des saisons et des fleurs, de l’amour évanescent : « les hommes qui passent maman. »

plus de trente et une
trop interminables nuits
sans vous et sans lune

Le poème devient vivant, domestique, romancé. Est-ce sagesse, est-ce le destin humain aussi fatal que dans la mythologie ?

moi, l’idéaliste
je sais bien trop qu’entre nous
rien n’est réaliste

Une lecture nous attend où nous serons partagés entre le plaisir de la poésie et l’urgence de vivre. Au centre de ces contraintes rythmiques, nous avons rendez-vous avec la plus libre des poétesses.

Micheline Beaudry

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Diane Descôteaux

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